Reproduction d'un article publié dans GEOS, Vol. 11, No. 2, Printemps 1982.
Était-ce la fin des secousses? Les reportages radiodiffusés ont
cité des sismologues bien informés:
la réplique n'était pas inattendue pour un tremblement de terre de
cette magnitude, mais la séquence
mourra peu à peu et la plupart des autres répliques sismiques seront
seulement
perceptibles par des sismographes sensibles. Une équipe de terrain de la
Direction de la Physique du Globe d'EMR, à Ottawa, s'est envolée au
Nouveau-Brunswick samedi après-midi
pour installer des sismographes portatifs aussi près que possible de la
région
épicentrale couverte de neige et glaciale (-25oC).
Le dimanche après-midi, 10 janvier,
trois stations fonctionnaient le long de l'autoroute 108.
Le personnel sismologique du laboratoire de données à Ottawa a continué à surveiller les répliques sismiques, en utilisant les stations sismologiques numériques permanentes reliées par des circuits téléphoniques à Ottawa (). Le dimanche matin, 80 répliques sismiques avaient été détectées par la station très sensible d'Edmundston, confirmant qu'une séquence significative de répliques était en cours.
Le lundi matin, les premiers enregistrements des stations dans la zone
étaient disponibles. Ils montraient
beaucoup de tremblements de terre se produisant chaque heure dans une
région éloignée près de la rivière Petit Miramichi
Sud-ouest au nord de l'autoroute. Mais la zone active était
inaccessible, toutes les routes d'été étant bloquées
par la neige épaisse. Seul un effort important
permettrait d'accéder à la zone.
Lundi soir, un autre événement se produisit,
légèrement plus petit que celle de samedi matin.
Les "sismologues bien informés " ont maintenant admis qu'un
tremblement double s'était produit dans la Miramichi. Moins confiant au sujet de ce qui se produirait
ensuite, ils ont identifié une occasion sans précédent de recueillir des données valables. Aucun
effort ne devrait être épargné.
Le Centre Géoscience de l'Atlantique d'EMR, la Commission
Géologique, trois universités de l'est des
États-Unis et deux compagnies géophysiques des États-Unis
ont déplacé leur personnel de terrain
et installé leurs sismographes. (Les sismologues américains ont
également identifié une occasion
unique d'étudier un tremblement de terre du type qui pourrait être
prévu dans l'ensemble de
la Nouvelle Angleterre. Ils n'ont pas prévu qu'un plus petit séisme
(magnitude 4,5), mais
encore significatif, se produirait au New Hampshire méridional la semaine
suivante.) Des chasse-neiges de gouvernement du Nouveau-Brunswick ont ouvert les
routes dans
la zone épicentrale et les ont maintenus dégagéees. Après
une semaine, des sismographes portatifs entourait
la zone active, la surveillant de tous les côtés et directement
au-dessus ().
L'activité des séismes a graduellement diminué mais
avait une moyenne de
quatre chocs par heure pendant 10 jours après le choc initial du 9 janvier.
La plupart étaient
très petits et ne pouvaient être détectées seulement
que par les sismographes les plus près ().
L'équipe d'entretien des instruments a ressenti des secousses et entendu
des grondements, presque chaque jour
à quelques kilomètres de l'épicentre.
Le 22 janvier, assez de données avaient été rassemblées pour tenir des chercheurs occupés
pendant plusieurs mois. Des sismographes portatifs ont été retirés mais un nouveau
sismographe télémétré numérique installé au lac McKendrick a permis une surveillance continue à
Ottawa. Pendant la première semaine de février, sept sismographes de mouvements forts, appelés accélérographes, ont été installés pour enregistrer des données des plus grands chocs
à venir.
Les 31 mars et 1er avril, presque trois mois après le séisme
initial, et après que cet
article ait été écrit, les accélérographes
ont été déclenchés par deux répliques
sismiques de magnitude 4,8 et 4,5.
Les sismologues d'EMR surveillent continuellement les séismes canadiens
avec un
réseau national qui inclut les stations en ligne télémétrées enregistrant à Ottawa et Sidney, C.-B.
Au Canada, vingt à 30 fois par année des tremblements de terre sont ressentis.
Occasionnellement, un cause des dommages. Des sismographes portatifs sont prêts à
être déployés dans une région épicentrale pour
obtenir des enregistrements des répliques sismiques.
Des séismes significatifs se sont produits dans l'Est de Canada,
et les plus grands
connus ont été ressentis au Nouveau-Brunswick. En 1925 et 1929, les tremblements de terre de magnitude 7 se sont produits le long du Saint-Laurent dans Charlevoix et sur les Grands Bancs
au sud de Terre-Neuve. Les journaux et d'autres comptes-rendus écrits
nous indiquent également des
séismes avant que des stations sismographiques aient été
installées. Par exemple, en
octobre 1869 et mars 1904, des tremblements de terre de magnitude estimée à
5 ont causé des dommages
mineurs isolés au Nouveau-Brunswick méridional et dans le Maine oriental.
Des événements
semblables peuvent s'être produits dans la Miramichi en février 1855
et en juillet 1922, mais en raison
des comptes-rendus peu nombreux, leurs emplacements et magnitudes réels sont
incertains. On croit que les
séismes de janvier 1982 sont les plus grands historiquement dans la
province. Ils sont certainement les plus grands enregistrés par des sismographes
modernes.
Le réseau sismologique canadien (voir la
pour la partie est) peut maintenant localiser
tous les séismes de magnitude 2 ou plus au Nouveau-Brunswick. La Figure 2
montre une concentration significative de tremblements de terre dans le
sud-ouest de la vallée du Saint-Laurent, du Saguenay, et une concentration
plus diffuse dans le Bas-Saint-Laurent entre Baie-Comeau et
Sept-Îles. Une activité peu fréquente dans la majeure partie
de la Gaspésie sépare ces concentrations du Nouveau-Brunswick.
Au Nouveau-Brunswick, aucune
concentration significative des séismes de faible magnitude n'est constatée, la sismicité se produit dans une large zone dispersée dans toute la province et au Maine.
Les sÉismes qui se sont produits dans la région de Miramichi entre
le 9 et le 31 janvier ont été
détectés par la station télémétrique permanente
d'Edmunston, au Nouveau-Brunswick. En médaillon,
les enregistrements effectués sur le terrain indiquent qu'il y a eu 237
répliques au cours d'une période de
25 heures, les 13 et 14 janvier.
Les séismes des 9 et le 11 janvier étaient perceptibles
au niveau du sol jusqu'à 350 kilomètres de distance au
Nouveau-Brunswick et à l'Î-.P.-E. et dans des régions de la
Nouvelle-Écosse, du Québec oriental et de la
Nouvelle Angleterre. Ils ont été ressentis aussi loin que 700
kilomètres de l'épicentre, à Ottawa et à New York,
par quelques occupants de gratte-ciel (qui
répondent aux mouvements de basse fréquence qui se propagent à
de grandes distances).
Heureusement, parce que la zone épicentrale immédiate
n'est pas peuplée, les dommages était très
légers: quelques fissures mineures mais aucun dommage structural dans les
bâtiments jusqu'à 100 kilomètres de distance.
Il n'y avait aucune indication de mouvement dans les chalets
inoccupées de la zone épicentrale même. Ailleurs,
il a été observé que directement
au-dessus d'un tremblement de terre ou à côté d'une rupture
de faille, il y aura un fort choc de
courte durée qui produit peu de dommages, alors qu'à une certaine
distance les ondes sismiques
deviennent dispersées et produisent des secousses de plus longue durée.
Les données enregistrées pour la séquence de
répliques constituent l'ensemble le plus complet pour un
séquence de séisme de l'Est de l'Amérique du Nord.
La montre le rythme des répliques sismiques pendant le mois de janvier; la longue queue de la distribution a
continué à une cadence semblable en février et en mars.
Deux séquences de répliques séparées, partiellement
superposés, suivent les chocs principaux des 9 et 11 janvier. Une analyse
de la distribution temps-magnitude de ces séquences peut donner de l'information
sur l'état des contraintes dans
la région active, son changement avec le temps, et comment elle revient aux
niveaux ambiants pré-tremblement de terre. De plus, le deuxième choc
a pu avoir été influencé par un changement
des contraintes dans la croûte provoqué par le premier choc; ceci peut
être indiqué en analysant les
caractéristiques temporelles des séquences.
L'analyse préliminaire des données des quatre sismographes
les plus rapprochés pendant
le levé de terrain indique que les répliques sismiques sont
concentrés dans une zone
d'approximativement 4 kilomètres (nord-sud) par 6 kilomètres (est-ouest)
centré près de
46o59'N, 66o37'W. Ils sont distribués de la surface
à une profondeur d'environ 6 kilomètres.
Lors de plus grands séismes, la réplique sismique est habituellement
répartie sur le
plan de la rupture de faille causée par le choc principal.
Avec une analyse détaillée
des données de répliques, nous espérons établir
la configuration tridimensionnelle de cette surface,
ou peut-être des plans d'orientation différente pour les deux
tremblements de terre principaux.
Les données sismographiques de terrain, régionales et mondiales
peuvent également indiquer l'orientation
de la rupture de faille aussi bien que la direction suivant laquelle la faille
s'est déplacée, la direction des
contraintes principales qui ont causé les séismes, et d'autres
renseignements liées
à l'énergie libérée.
Les géologues ont visité la zone épicentrale
la première semaine du programme de terrain mais,
peut-être en raison de la couverture de neige, n'ont trouvé aucune
perturbation du sol. Les cartes
géologiques et géophysiques ne montrent aucune faille dans le
massif granitique dans
lequel les séismes se sont produits. La nouvelle photographie aérienne
de basse altitude par le centre
d'EMR Canada pour la télédétection a indiqué
les linéaments qui peuvent indiquer des
structures du socle rocheux.
Les données sismiques de terrain peuvent localiser les répliques
peu profondes à 100 m près suggérant des cibles pour une
recherche plus détaillée d'évidences géologiques de
surface des tremblements de
terre. Et les travaux forestiers ont pu exposer plus d'affleurements rocheux depuis
que les cartes géologiques initiales ont été dressées.
La grandeur des chocs principaux, l'ampleur de la zone de répliques,
et le fait que les
répliques sismiques sont très près de la surface, suggèrent
que les séismes principaux
ont pu causer une rupture de faille en surface. Si trouvée, ce sera un
contrôle des estimations sismologiques de l'orientation de la faille.
Ce serait également la première
évidence documentée associant un séisme spécifique à
une rupture au Canada oriental.
Note: en 1989, le séisme de l'Ungava a produit la première évidence de rupture en surface.
En conclusion, quelles sont les implications de ces tremblements pour estimer
le risque des
séismes au Nouveau-Brunswick? La majorité de la province est dans la zone
2,
une zone de risque modéré sur les cartes sismiques dans
le code national du bâtiment de 1970 pour les dispositions de conceptions
parasismiques.
La sismicité du Nouveau-Brunswick (),
et par conséquent le risque
calculé, est uniforme dans toute la province. Il se pourrait que les
Séismes de la Miramichi
ne soient qu'un autre exemple d'une occurrence aléatoire de
tremblement de terre
modéré et relativement rare. Cependant, il est important de rechercher
toute information
pour améliorer notre compréhension du pourquoi des séismes
et d'améliorer
notre évaluation du risque pour événements semblables dans l'avenir.
Les sont des sismologues
de recherche à la Direction de la Physique du Globe d'EMR
à Ottawa et s'occupent de l'analyse du risque sismique et des tremblement de terre.
Bob Wetmiller a coordonné et a mené le programme de terrain pour les Séismes de la
Miramichi. Tous s'activent à l'analyse des données enregistrées. g. à d. F.M.
Anglin, Peter Basham, Bob Wetmiller et Anne Stevens, dans le laboratoire sismologique d'EMR à
Ottawa